Citroën SpaceTourer Hyphen Concept Dangel

Essai Citroën SpaceTourer Hyphen Concept : joli coup

Citroën SpaceTourer Hyphen Concept Dangel

Essai Citroën SpaceTourer ? Oui, mais pas le modèle de série. Ou plus précisément pas encore. En attendant, on a conduit une version pas comme les autres : le SpaceTourer Hyphen Concept. Rouler dans un concept car, c’est une occasion pour le moins extraordinaire. Et c’est ainsi par pur altruisme que je me suis sacrifié pour vous, ô lectorat : Citroën nous a conviés à passer deux heures en compagnie du SpaceTourer Hyphen Concept et de sa transmission intégrale signée Dangel. Un concept car, vous dis-je ? Juste un véhicule de série maquillé en voiture de salon, me rétorqueront certains… Certes, mais ce serait passer à côté de la réflexion portée par le véhicule. Ou plutôt des réflexions : ce SpaceTourer Hyphen Concept se propose de bousculer les codes du van, aussi bien en termes de matières et couleurs, qu’au niveau du positionnement. Il est l’heure de l’examiner de près.

Pimpant, baroudeur, coloré, plusieurs adjectifs me viennent à l’esprit en faisant le tour du SpaceTourer Hyphen Concept. Mais avant de l’aborder en détails, je me permets un petit laïus au sujet de nos voitures. Un bref état des lieux s’impose…

Coup de gueule

“L’Europe porte le deuil”, m’avait dit Anne Asensio en marge de notre interview à Détroit alors que nous parlions couleurs. Mine de rien, elle avait mis un mot sur une pensée que je n’avais jamais osé exprimer de la sorte. Et je concède volontiers être en phase avec son constat. Où est la joie de vivre ? Qu’est-ce qui incarne l’espoir ? Où sont les coloris audacieux, chatoyants, pimpants, ou plus prosaïquement : où sont passées les couleurs ? Dans cet océan de voitures achetées en gris, en blanc voire en noir « pour la revendre », « pour ne pas choquer », « pour ne pas se faire remarquer », où sont les vrais goûts et les vraies personnalités des clients ? Combien osent encore acheter une voiture qui leur plaît réellement plutôt qu’une voiture qui se fondra la masse ? Ajoutez à cela des habitacles désespérément sombres et des surfaces vitrées réduites (voire lourdement surteintées) et on se rapproche de l’idée que je me fais d’une pierre tombale.

Pourtant, il existe quelques bouffées d’air frais sur le marché. On a tous en tête le succès du Renault Captur et de certaines de ses teintes qui, bien que sortant du lot, ne sont pas si marginales. Mais à bord, malgré quelques ponctuelles de couleur optionnelles, force est de constater que, d’une part, les clients restent sur le noir/gris, d’autre part, la qualité perçue est loin d’être folichonne : la promesse faite par l’extérieur n’est pas suivie d’effets à bord. Dans le même ordre d’idées, remémorez-vous la palette de couleurs d’une Fiat 500 ou d’un Range Rover Evoque et essayez de vous souvenir de la dernière fois où vous en avez vu autrement qu’en noir ou en blanc (et bon courage pour trouver un Evoque équipé d’autre chose que d’un cuir noir…). Bref, il y a de quoi se poser des questions. On se croirait presque dans un mauvais rêve d’Aldous Huxley tant l’individu renonce à se départir des codes imposés par la masse moutonnière. La résistance ? Apparemment, Citroën se serait décidé à la rejoindre. On a eu droit à C4 Cactus qui nous a jeté ses Bleu Lagoon, ses Hello Yellow, ses Olive Brown ou autres Jelly Red en pleine face tandis que les Airbumps peuvent également être colorés. A bord, malgré la dominante sombre, Citroën nous propose quelques teintes plus ou moins sages. On progresse… En bas de l’échelle, la C1 Airscape tente de compenser sa terne palette de couleurs par des ponctuelles pétillantes (toile, rétros…) en Sunrise Red. Mais à bord, faut aimer le noir… Comme dans une C3, une C4 ou dans la nouvelle SpaceTourer… Fichtre. Mais comme pour se faire pardonner et nous promettre des jours meilleurs, Citroën a présenté le SpaceTourer Hyphen Concept. Mieux encore : la marque au Double Chevrons nous l’a fait essayer.

Coup de crayon

Rendez-vous est pris au château de Breteuil, dans les Yvelines. Vu de l’extérieur, il y a comme un air de déjà vu… pour qui a déjà vu un SpaceTourer. Ou un Traveller. Ou un Expert. Ou un Jumpy. Ou un ProAce. Ou un ProAce Verso. Bref, ses origines de voiture de série sont difficiles à cacher. D’ailleurs, ce n’est clairement pas la volonté de Citroën qui l’a conçu pour accompagner la sortie du SpaceTourer et l’a présenté quasi-simultanément. On est ici pour montrer le potentiel du véhicule. Pour autant, quelque chose semble étrange. Presque trop normal. Avant même que je n’aie le temps de trouver, les gens de Citroën m’expliquent que les extravagantes roues du concept ont cédé leur place à des jantes de série, montée avec de vrais pneus exploitables sur route.

C’est donc ça : notre SpaceTourer Hyphen Concept se normalise un peu, seul renoncement aux délires de salons. Un œil averti aura remarqué le nouveau logo Citroën (biton noir brillant à contours chromés) curieusement refusé au modèle de série. Faisons le tour de la voiture : sa robe est bicolore, thème vu et revu depuis que l’automobile existe, mais abordé ici sous un angle original. En effet, la teinte de caisse passe de l’orange mat à l’arrière au gris vert nacré à l’avant à travers un dégradé matérialisé par des hexaèdres. Et oui, la teinte principale de la voiture n’est donc pas un gris mais un vert, m’a appris Marion de chez Citroën. Une occasion comme une autre de remercier ma mère pour m’avoir refilé son allèle récessif. Bref, vu de l’extérieur, le SpaceTourer Hyphen Concept ressemble un peu à ça pour moi :

Fuck The Colorblind
Si vous pouvez lire ceci, vous pouvez vous moquer de moi…

Plus sérieusement, il se distingue du SpaceTourer de série par de nombreux attributs, outre la peinture évoquée ci-dessus : le pavillon est noir brillant, coupé par le panneau de verre et surmonté de deux originales barres de toit, également en noir brillant et soulignées par une peinture fluo à leur extrémité (blanc à l’avant, rouge à l’arrière). Le style de ces barres renvoie à l’univers des sports de glisse. Les boucliers avant et arrière sont spécifiques et ornés d’un bas de caisse stylisé en accord avec les protections latérales et enjoliveurs d’ailes, de couleur gris satiné (cette fois-ci, c’est vraiment du gris), tandis que des décors orange mat viennent dynamiser l’ensemble. Curieusement, la voiture fait l’impasse sur les Airbump chers à la Marque. Le Citroën SpaceTourer Hyphen Concept a fière allure, on en vient même à espérer qu’il accouche d’un dérivé en série. Quant à son nom, il fait référence au partenariat avec le groupe Hyphen-Hyphen. Le lien ? Je cherche… Les niçois jouent grimés de peintures diverses sur le visage, on va dire que c’est en phase avec le thème de la Citroën. Mais si l’extérieur peut paraître original, ce n’est rien à côté de ce que vous réserve l’habitacle.

On s’en rendait difficilement compte sur les photos officielles mais l’harmonie intérieure est pour le moins acidulée. Oubliez les ébénisteries noires, les garnitures de pavillon grises, les bandeaux de décors couleur aluminium (enfin, gris, quoi…) ou la sellerie noir clair et gris foncé de la version de série. Ici, on passe de l’orange à droite au turquoise à gauche, le tout via une transition assurée également par le biais d’hexaèdres. Tout y passe : la planche de bord, les panneaux de portes, la sellerie, les garnitures de pavillon, tout vire de l’orange au turquoise en passant de tribord à bâbord. Tout ? Tout sauf les sièges de rang 2 et de rang 3 qui, par pure esprit de contradiction, passent du turquoise à droite à l’orange à gauche. She’s a Rainbow, auraient dit Mick et ses copains. A noter que les plastiques de la version de série sont ici recouverts d’un textile permettant ces effets de transition. La boîte à gants reprend le thème de la bagagerie cher à Citroën depuis la C4 Cactus tandis que les lanières se retrouvent également sur les assises de sièges, en orange.

Histoire d’harmoniser l’ensemble, un épais tapis de sol bleuté recouvre la moquette tandis qu’un très joli cuir Nappa garnit les assises et une partie des dossiers. Le médaillon des assises reprend d’ailleurs le thème des hexaèdres en relief (avec des surpiqûres orange) et ces pièces sont tout simplement boutonnées via des pressions à la coiffe ! Inutile de dire que si on ne trouve jamais ce type de fixation en série, c’est qu’il y a une raison, on la verra en roulant… Apparemment, le cuir des sièges tendrait à tirer sur le vert. Quoi qu’il en soit, je le vois gris. Mais c’est quand même joli.

Citroën SpaceTourer Hyphen Concept Dangel

Le clou du spectacle est assuré par les ceintures de sécurité : orange fluo. La classe à Dallas. Ou à Breteuil. Si j’aime beaucoup le look extérieur de ce SpaceTourer Hyphen Concept, je suis carrément fan de l’harmonie intérieure et des choix de couleurs et matières employés. Rafraîchissant, énergique, ça donne le sourire. On a envie d’aller s’amuser avec (et de boucler sa ceinture fluo). Dont acte.

Coup de volant

Le premier tour de repérage se fait à bord d’une C4 Cactus afin de découvrir le parcours. Suspension souple, grands débattements, garde au sol majorée : je suis carrément surpris par les capacités tous-chemins de cette Citroën. « Une descendante de la Mehari », me lance mon chauffeur. Il n’a peut-être pas tort : tandis que je me perdais dans les chemins du château à bord de la Mondeo (arrivé par la mauvaise entrée…), j’ai eu droit à des réactions autrement plus percutantes des suspensions de la Ford. Bref, la C4 Cactus remonte dans mon estime et moi, je monte à bord du SpaceTourer : directions les différents chemins du château et surtout, la piste boueuse dans laquelle il ira se dégourdir les cardans. En effet, Citroën met en ici en avant la transmission intégrale signée Dangel, transformateur historique des… Peugeot. Joli pied de nez à la maison sochalienne. Pour la petite histoire, la voiture a été convertie chez Dangel après le salon de Genève et le concept sera exposé sur leur stand lors du prochain Mondial de l’Automobile de Paris. Chaussée de pneus hiver, à défaut de M+S, la voiture se comporte très efficacement sur la boue et gravit les pentes sans jamais broncher ni chasser du train arrière. Le sélecteur situé à gauche du tableau de bord permet de rester en mode 4×4, il remplace la molette optionnelle du Grip Control des versions traction. Côté moteur, le SpaceTourer Hyphen Concept est doté du BlueHDI 150 ch en BVM6. Largement suffisant pour mouvoir la bête, nettement plus légère que le VW Multivan que l’on avait essayé en hiver (1719 kg en version traction vs 2224 kg pour la VW en traction également). Pour le moment, nous ne connaissons ni le poids ni le prix de la transformation Dangel mais attendez-vous à une facture proche des 7 000 € à en juger par les tarifs des Berlingo et Jumper.

Côté équipements, on trouve des attributs rares voire inexistants sur ce segment : affichage tête haute emprunté aux autres modèles PSA (3008, 5008, 508, DS 5…), portes coulissantes électriques (ici dépourvues de la fonction mains libres, les capteurs n’ayant pas été montés sur le concept), nouvel infotainment tactile que l’on retrouve également sur le dernier 3008, accès et démarrage mains libres, lunette arrière ouvrante, pavillon arrière vitré fendu par une traverse apportant la clim et les spots de lecture [mais toujours pas de toit ouvrant, Scheisse…] et une caméra de recul « Visiopark » reconstituant la vision panoramique, mais pas aussi efficace qu’un système multi caméras comme celui de la C4 Picasso. Assis sur les superbes sièges revus et corrigés pour ce concept, on a la sensation que notre séant gigote. Et pour cause, les médaillons en cuir clipés par boutons pressions ne tiennent pas vraiment en place. Voilà pourquoi ce truc ne sera jamais industrialisé. Quoi qu’il en soit, la position de conduite, typée monospace est très agréable, probablement moins déroutante que celle, plus « camionnette », d’un VW Multivan. C’est d’ailleurs l’impression qui ressort un peu de cet essai : le SpaceTourer a de quoi constituer une alternative à feu le monospace Citroën C8. La nouveauté existe d’ailleurs en trois longueurs de châssis (de 4,60 m à 5,30 m en passant par 4,95 m), comme pour mieux séduire les acheteurs de grands monospaces sans rebuter la clientèle des navettes et combis.

Bien entendu, monter à bord d’un concept car est un moment rare et en prendre le volant est un privilège. On relativise très vite, cependant : le SpaceTourer Hyphen Concept n’est autre qu’un véhicule de présérie qui a évité de finir sa vie caffuté pour se pavaner de salon en salon grimé en show car. Son look est suffisamment différent pour qu’on le perçoive comme un concept tandis que l’habitacle ne laisse planer aucun doute quant au côté unique et exotique de cet exemplaire. Pour autant, toutes ces pièces de série (ou de présérie), les qualités routière de fait abouties finissent par normaliser la voiture. Au point que je me suis surpris à claquer les portes avec désinvolture, comme s’il s’agissait de ma voiture : mine de rien, j’imagine que la frontière entre voiture de série et véritable show car n’a pas été franchie. Tant pis, le SpaceTourer Hyphen Concept n’est pas là pour nous présenter une délicieuse mais irréaliste vision de l’avenir, mais pour installer le nouveau modèle au sein d’une gamme Feel Good, détachée des origines VU de la voiture. Et pour le coup, c’est réussi.

Coup de génie ?

Le lancement du SpaceTourer aurait pu laisser les gens de marbre : un VU transformé en VP, en général, ça n’intéresse pas forcément le public. A tort, vous dirais-je, surtout quand on se revendique passionné. L’arrivée des triplés PSA-Toyota marque une étape importante, surtout pour le groupe français dans son approche de ce segment de marché avec des progrès notables en qualité perçue (tôlerie, notamment), en équipements ainsi qu’un nouveau positionnement sur le marché des navettes haut de gamme, jusqu’ici chasse gardée de Mercedes et VW. Quant à la transformation Dangel, elle ne sera pas donnée mais s’avère a priori convaincante : on peut enfin saluer Citroën d’avoir daigné la mettre en avant… 35 ans après les premières réalisations pour Peugeot. Il serait temps que les gens soient au courant de leur existence ! Véhicule image, le SpaceTourer Hyphen Concept est là pour démontrer tout le potentiel que l’on peut tirer d’un tel modèle, défricher des tendances qui, je l’espère, se retrouveront en série d’une manière ou d’une autre : avouez qu’un pack look baroudeur inspiré de ce concept aurait de l’allure. Quant à l’harmonie intérieure, on peut rêver. Après tout, on ne va pas porter le deuil toute notre vie… Allez Citroën, des ceintures orange fluo et une sellerie turquoise en option ? Chiche ? Surprenez-nous, ce serait dommage de laisser VW s’essayer seul à l’audace sur le segment : notre Multivan bicolore avait marqué les esprits lors de l’essai. Quoi qu’il en soit, la découverte d’un concept car, fut-il dérivé de la série est un délicieux instant que j’ai adoré partager avec vous… par pur altruisme, hein. Bon, je vous laisse, je retourne au volant d’une voiture noire… Mais les ceintures de sécurité sont beige, c’est déjà ça de pris.

Un grand merci à Citroën et à Marion Le Renard pour l’invitation à la vie de château.

Alimenté avec passion par l’association Le Nouvel Automobiliste

Copyright © 2021